Viadéo, ou le triomphe de l’arrogance

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Ils ont commencé ensemble en 2003. L’un Français, l’autre américain. Viadéo vient de se faire racheter par le Figaro Classifieds après une mise en redressement judiciaire. LinkedIn a été racheté en juin pour 26,2 milliards de dollars par Microsoft.

Et pourtant, on y croyait à ce « champion français de l’internet, qui s’inscrit dans une dynamique de forte croissance » comme disait Jean d’Arthuys, directeur et membre du comité exécutif du FSI (Fonds stratégique d’investissement, précurseur de la BPI) lors du premier investissement de fond public de 10 millions d’euros en 2012.

Ce bijou de la technologie Française avait réalisé une croissance de 0 à 30 millions d’euros en 9 ans, avait constitué le premier réseau professionnel en France depuis 5 ans, s’appuyant donc sur une démarche réussie.

Avec son produit riche fonctionnellement et éprouvé techniquement, il dépassait de loin en France tous ses concurrents … Cette preuve du génie Français était maintenant prête à apporter ses lumières au reste du monde et à en découdre avec les bricoleurs d’outre atlantique et d’ailleurs !

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4 ans après, après un second investissement de la BPI et une entrée en bourse, on peut essayer de trouver toutes les excuses possibles.

On entend déjà les démonstrations alambiquées des analystes et des politiques essayant d’expliquer que la faillite de Viadéo est la preuve du manque d’investissement public, de l’ouverture des frontières, de la dérégulation, de la puissance financière nord-américaine, des barrières douanières, de la concurrence mondiale, etc… et de nous expliquer que les 20 millions d’Euros de la BPI, plus les 22 millions levés en bourse (dont 40% d’argent public), ainsi que le reste de l’argent levé « dans le privé » ou par « effet de levier » n’étaient pas assez, que nous ne nous battons pas avec les même armes, etc…

Est-ce que nous nous posons les bonnes questions ?

Viadéo effectue sa première levée de fonds en 2006 (5 millions d’euros) – LinkeIn est financé dès sa deuxième année : 5 millions de dollars en 2003, 10 millions en 2004

En 2012, lors du financement par le FSI, le CA de Viadéo était de 30 millions d’euros dont la grande majorité en France. 20 fois moins que son homologue américain. Pour cause : alors que LinkedIn déploie un modèle unique et investit dans les pays systématiquement, quasiment proportionnellement à leur PIB, les marchés d’extensions de Viadéo sont les pays arabes, la Chine, pays qui posent le plus de problèmes de localisation et dont l’investissement ne rapporte quasiment aucun chiffre d’affaire.

Le match était joué dès le début : le business model de LinkedIn avait été pensé pour être scalable. Il ne prétendait pas pouvoir s’adapter aux marché locaux, mais inversement, être suffisamment valable pour les pays à plus fort potentiel. Toute la stratégie en a découlé.

Celui de Viadéo n’a jamais été pensé pour devenir leader mondial. En 2014, Viadeo avait réalisé une perte de 14 millions d’euro, soit 50% de son chiffre d’affaire. L’immense opportunité qu’était l’expansion internationale était devenu un problème insolvable.

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